Comment banaliser votre vie sexuelle ?

On le sait, le sexe et la mort sont intrinsèquement liés. Il s’agit pour les nihilistes, d’une piste tout à fait intéressante. Dans le vaste spectre des pratiques sexuelles, un certain nombre d’entre nous veulent en effet minimiser l’eros et augmenter le thanatos. Galien avait déjà observé que post coïtum, animal triste ; mais pourquoi attendre après pour l’être ? La sexologie, fort heureusement, nous permet d’étendre le syndrome de la dysphorie post-coïtale en dysphorie pré- et per- coïtale. Voici quelques conseils :

  1. Bannissez toute forme de variété. Choisissez une position, et n’en changez plus. Idéalement, ne bougez pas, d’ailleurs.
  2. Communiquez ! Parler pendant la chose est très important. Discutez de la sixième extinction, évoquez les traites qui tombent à la fin du mois, voire même, donnez votre sentiment sur le dernier article lu dans Perspectives Nihilistes. Attention à employer un ton aussi monocorde que possible, l’excitation peut naître d’un rien.
  3. Ne faites pas de bruit. En apparence contradictoire avec le conseil précédent, il s’agit en réalité de veiller à ce que vous évitiez tout soupir, gémissement ou autre marque d’excitation qui pourrait faire monter une certaine tension. Si vous avez vraiment besoin d’extérioriser quelque chose, ayez recours à la pratique du sad word : un mot bien choisi qui remplacera « oh » , « ah » et autre « oui ». Choisir un bon sad word est difficile. « Ganglion » , « prurit » et « MST » sont de bonnes options.
  4. Attention aux mauvaises solutions ! L’abstinence pourrait paraître une meilleure option, mais ne vous y trompez pas, à ce compte, elle serait une forme de libération, et vous risqueriez d’en ressentir un certain bien-être, complètement contre-productif par rapport au but recherché.
  5. Utilisez des accessoires. Les lunettes, un dentier ou un volume du Monde comme volonté et représentation sont autant d’objets qui peuvent ajouter une touche de mortalité ou de banalité bienvenue.
  6. Attention aux lumières. On sait combien, en matière de sexe, les goûts varient. Certains préfèrent l’obscurité, d’autres la lumière. Trouvez une lumière qui vous mette dans une ambiance déprimante au possible. Selon les personnes, la solution peut être un éclairage sordide ou un spot aveuglant. Attention, le couple (ou plus si affinité, nous ne jugeons pas), c’est d’abord le respect mutuel : si vous ne tombez pas d’accord, alternez les éclairages, le droit d’être malheureux de chacun doit être garanti.
  7. Filmez-vous. Certains pourraient être surpris par ce qui apparaît, souvent, comme une pratique quelque peu polissonne. Attention, en effet ; se filmer occasionnellement risquerait de vous donner quelques frissons. Non, il faut se filmer systématiquement (idéalement avec un plan fixe et un peu large) et se forcer ensuite à regarder, de façon régulière, les ébats. Chaque partenaire pourra noter à cette occasion ce qui lui a déplu, ou ce qui lui paraît raté – attention à ne pas en profiter pour essayer d’améliorer les choses, ce serait passer à côté du but.
  8. Simulez. Si vous n’y parvenez pas, si malgré tout, le fait de copuler vous procure une excitation, prenez sur vous et simulez. Baillez ostensiblement. Regardez ailleurs. Si vous ressentez une certaine excitation, ne gâchez pas les choses pour les autres participants à l’action en risquant de les entraîner.

Raveline