Horror = Tragedy – Time, l’équation cinématograpique d’Ono Ucant

Il est difficile d’obtenir un rendez-vous avec la cinéaste nippo-américaine Ono Ucant. L’incroyable nouveauté de son oeuvre – des films d’horreur de 5 minutes grand maximum – lui permet d’enchaîner les tournages à un rythme qui défie l’imagination mais laisse peu de place aux entretiens. Quatre-vingt film par an, qui peut prétendre égaler un tel record ? Le genre du quick slasher inspire aujourd’hui les plus grands, même s’ils ont du mal à s’adapter. Le flop du Yell de Martin Scorcese, qui se voulait un hommage à Ucant, mais avait tout de même besoin d’une heure pour raconter l’assassinat d’un personnage joué par Leonardo Di Caprio, montre combien l’horreur instantanée dont la cinéaste a le secret n’est pas aisément reproductible.

Ono Ucant explique régulièrement comment l’idée du genre qui l’a rendue célèbre lui est venue. Elle regardait un film d’horreur classique, où un tueur massacre un par un un groupe de jeunes gens dans un lycée américain. « Tout d’un coup, ça m’a saisi: la seule chose qui vaut le coup, dans ce film, c’est le moment où quelqu’un se fait tuer. Tout le reste, c’est jouer avec les espoirs du spectateur, lui faire croire qu’il y a une chance que tel ou tel personnage s’en sorte… c’est agaçant et pour tout vous dire, infantilisant. » Elle abandonne alors son internat aux urgences pour se lancer dans le cinéma. D’abord avec un film de zombie choc, 28 seconds later ; puis dans le thriller psychologique condensé, Rosemary’s Foetus ; le nouveau style d’horreur technologique avec The Ellipse, un remake de The Ring où toutes les scènes sans meurtre sont sautées, laissant au spectateur le soin de retracer l’histoire; des tentatives proches du low-cost, comme Paranormal Hyperactivity et The Blair Witch Draft; avant de faire quelques tentatives d’histoires de non-survivants, comme le très remarqué 127 secondes. Après quoi, elle a commencé à produire à rythme continu, tournant parfois deux films dans la même semaine.

Ono Ucant

« Je crois que le quick slasher marche parce qu’il refuse les clichés du genre. Combien de fois, en voyant un film d’horreur, vous vous êtes dit : mais enfin, pourquoi ce personnage fait-il ça, ou pourquoi le groupe se sépare, c’est évident que c’est idiot. Avec mon style, on n’a pas le temps pour ce genre de choses. Un personnage apparaît, et bam !, on le tue. C’est simple, direct, on évite tout ce jeu de chat et de souris qui n’intéresse personne et essaie de nous bercer d’illusions. Ce n’est pas la destination qui compte, c’est le chemin, tout ça, c’est des conneries ! De toute façon, le cinéma, de manière générale, c’est un peu comme la vie, c’est trop long. Avec mon rythme de travail, j’espère claquer d’une crise cardiaque la semaine prochaine », nous confie-t-elle en finissant son deuxième thermos de café.

Entre l’immense succès critique, les ventes records et le coût de production remarquablement bas, le quick slasher a le vent en poupe, et correspond aux aspirations de l’époque : non seulement on veut tous en finir, mais on veut en finir vite. Ono Ucant travaille désormais à un remake de Game of Thrones (qu’elle a qualifié de « purge interminable »), qui vise à condenser les huit saisons en huit minutes, chronomètre en main. « Avec moi, j’aime mieux vous dire que l’hiver va arriver fissa ! », conclut-elle, avant de nous expliquer que le Mur sera remplacé dans sa version par une palissade en bambou et de jeter son troisième paquet de cigarettes de la journée à la poubelle.

Raveline