La méditation de conscience pleine, avenir de la spiritualité ?

Présentée par ses adeptes comme un remède miracle aux maux de notre époque, la méditation de conscience pleine connaît un succès croissant dans les métropoles occidentales. Pour en savoir plus, nous avons rendu visite à Bhima Dhebar, qui a fait découvrir la méthode au public français.

Chaque mardi et jeudi soirs, curieux et habitués viennent suivre son enseignement dans sa petite salle de la rue Werner Herzog. Après s’être déchaussés, les pratiquants s’assoient en tailleur sur l’épais tapis en mousse, ferment les yeux et se prennent la tête dans les mains. Au bout de quelques minutes, ils commencent à grincer des dents, à couiner, parfois à trembler.

« Je l’ai compris immédiatement quand je suis arrivé en France il y a trois ans, nous explique Bhima Dhebar. La méditation Vipassana [NDLR]qui consiste à faire le vide dans ses pensées[/NDLR], inspirée des pratiques bouddhistes, n’est pas adaptée au monde occidental. L’esprit de l’européen ou de l’américain moyen, scotché à son smartphone, stressé et abruti par son bullshit job, est perpétuellement encombré d’une foule de pensées. Là où un individu normal, équilibré, civilisé, n’aura à se défaire que de quelques dizaines de pensées saines et essentielles, l’occidental moderne devra faire face à un déluge d’inepties face auquel il n’a aucune chance. Comme je le dit souvent, cela a un sens de ranger un appartement en désordre, mais personne n’aurait l’idée saugrenue de mettre de l’ordre dans une décharge. »

Pour Bhima Dhebar, la solution consiste à prendre le problème à l’envers. « Au contraire de la méditation de pleine conscience, qui demande de laisser filer les pensées, la méditation de conscience pleine invite le pratiquant à s’accrocher à toutes les pensées qui traversent sa conscience, à les empiler, de la même façon qu’il jetterait un sac poubelle de plus sur un gigantesque tas d’immondices. Le mail auquel vous n’avez pas eu le temps de répondre ce matin et qui vous revient brusquement à l’esprit dès que vous fermez les yeux ? Gardez-le à l’esprit. La dernière polémique sur Twitter, à laquelle vous repensez machinalement ? Parfait, mais n’oubliez pas le mail pour autant ! Au bout de cinq minutes de pratique, votre esprit sera un véritable dépotoir, un gueuloir rempli des hurlements d’une horde de cinglés. »

Dans la salle autour de nous, certains laissent échapper des cris étouffés, agrippent leurs cheveux si fort qu’ils semblent sur le point de se les arracher.

« Il s’agit de suivre la pente naturelle de vos esprits malades, de les laisser accumuler, comme autant d’alluvions apportés par des affluents boueux, la plus grande quantité possible de préoccupations. Et lorsque votre conscience, incapable de faire face à la quantité de troubles qui l’assaillent, finira par rendre les armes et s’effondrer, précipitant dans le néant toutes ces sottises, vous connaîtrez vous aussi l’illumination. »

Nous parlons depuis une demie-heure. Autour de nous, quelques méditants rouvrent des yeux injectés de sang aux pupilles écarquillées, se lèvent doucement et, contre toute attente, quittent la salle d’un pas léger.