L’anti-oenologie, tendance lifestyle du moment

Tendance lifestyle du moment, les clubs d’anti-oenologie se multiplient dans la capitale. Dans une ambiance feutrée mais bon enfant, et pour une somme modique (de 20 à 30€ le cours de deux heures), les visiteurs viennent y apprendre comment ne plus faire la différence entre un Château Margaux et un cubi de Villageoise.

Le succès du lieu ne surprend pas Jean-Christophe, fondateur d’une petite salle dans le 11e arrondissement. « L’anti-oenologie s’inscrit dans le mouvement de la déconsommation. Les gens sont de plus en plus conscients que le capitalisme est une machine à créer des désirs superflus. Avec la monté des préoccupations liées au réchauffement climatique et à l’instabilité du monde, ils cherchent des moyens de moins consommer, et de limiter à la fois leur empreinte écologique et leurs dépenses. Si pour vous, les terrines de chez Fauchon et celles du Lidl ont le même goût, non seulement vous faites d’importantes économies, mais vous êtes prêt à subir des privations. »

Installés autour de petites tables sur lesquelles ont été disposés des verres et des bouteilles dépourvues d’étiquettes, les participants hument puis prennent en bouche de petites gorgées des différents vins. Parfois, l’un des buveurs lève la main, signe qu’il vient de discerner une différence d’arôme, que le dernier verre lui a semblé meilleur ou moins bon que les précédents. Jean-Christophe lui apporte alors une petite quantité de dentifrice à la menthe extra-forte, que l’élève doit étaler sur ses dents et sa langue afin de se désensibiliser, avant de boire à nouveau. « Ah oui, en effet, je ne sens plus rien, ça a un goût de carton ! » s’exclame le jeune homme, satisfait.

Il s’appelle Matteo. Venu sur les conseils de son amie Océane, qui travaille elle aussi dans la communication, il a l’air d’apprécier malgré quelques réserves. « Dès qu’on n’est plus au club, c’est difficile. Pas forcément parce qu’on arrive davantage à faire la différence entre un bon vin et de la piquette (franchement, je n’ai jamais trop réussi, je prends toujours la bouteille que me recommande le vendeur de Nicolas), mais servir du vin de table à mes amis, je ne sais pas si je suis prêt. »

Jean-Christophe, lui, a d’autres préoccupations. « Le vin n’est qu’une première étape, nous explique-t-il. Les jeudi soirs, nous organisons des dégustations de café et de thé, qui connaissent un grand succès. Les gens arrivent persuadés d’avoir une préférence pour telle ou telle variété de grains cultivée en Valle del Cauca et repartent satisfaits d’avoir avalé du déca instantané premier prix. La bière pose davantage de problèmes, le dernier cours a très mal fini, certains participants amateurs d’IPA ne se sentaient pas très bien après avoir bu de la 86 toute la soirée. »

Agar