Le Nofuturoscope vient d’ouvrir

Dix ans, et autant de dépassements de budget, après le lancement du projet, le Nofuturoscope a finalement ouvert ses portes le mois dernier. Plus qu’un parc d’attraction, le Nofuturoscope aspire à être une vitrine des réalisations de la région Poitou-Charogne.

« Notre région a trop longtemps vécu dans l’ombre de la capitale et des grands centres d’activités français comme Grenoble, explique Jean-Pierre Raffarien, président du conseil régional. Certes, nous sommes une région reculée et enclavée, dépourvue du moindre technopôle, et on ne trouve sur notre territoire aucune école d’ingénieur ou faculté figurant dans le classement de Shanghai, ni même une route goudronnée. C’est vrai, nos cursus universitaires n’ont pas été mis à jour depuis le XIXe siècle et le dernier professeur de notre département de phrénolo-galvanisme fêtera cette année ses 102 ans. Mais le culte solaire primitif des habitants de l’Île de Râ continue d’attirer quelques touristes, et Anghoulème est la seule ville d’Europe a compter treize facultés de philosophie, dont la prestigieuse université Peter Zapffe (anciennement Pierre Laval), riche d’une longue histoire. Savez-vous qu’elle a été bâtie en 1939 sur le site d’un des plus importants massacres de protestants du XVIe siècle, et qu’avant même que le premier cours y ait été donné elle fut réquisitionnée par l’occupant qui l’a transformée en prison où les résistants étaient torturés à mort ? Mais je digresse. Oui, le Poitou-Charogne a des arguments à faire valoir et le Nofoturoscope sera, j’ose le dire, son exposition universelle. »

Le Nofuturscope tel qu’imaginé par Fulgence Adieü, architecte du chantier.

A peine franchies les herses rouillées du Nofoturoscope et laissé leur obole aux caisses (le prix d’entrée est libre), les visiteurs ne peuvent qu’être saisis par la monumentalité de la Geôle, immense cinéma sphérique dont l’écran géant de 1 000m² n’est pas alimenté en électricité, garantissant aux spectateurs plongés dans l’obscurité une expérience au plus proche du néant. Plus classique, le cinéma 1D permet de redécouvrir des classiques du 7e art remastérisés pour une projection en une dimension, sous forme d’une ligne blanche parfois traversée de quelques taches de couleur. Enfin, dans le très réussi pavillon des robots, on trouve une sélection d’automates industriels qui s’attellent à différentes activités tandis qu’une voix-off, diffusée par des hauts-parleurs saturés, répète en boucle dans toutes les langues du monde : « bientôt ils auront pris votre place », « vous êtes désormais inutile ». Pour une somme modique, le visiteur peut acheter à la sortie du parcours une photo noir et blanc de son visage angoissé, sur laquelle a été imprimé en lettres capitales le mot « obsolète », souvenir inoubliable d’un parc de loisirs pas comme les autres.

Agar