« Le Ouija fait comprendre aux pauvres qu’ils peuvent aller en enfer »

Déjà reconnu pour son travail à la tête des Chemins de fer transsibériens, Guillaume Pépin vient d’être nommé à la tête de la SNCF, dont il entend bien dépoussiérer le fonctionnement. Premier projet de ce jeune PDG dynamique (43 ans), le lancement d’une nouvelle offre en complément des TGV inOui et Ouigo : les Ouija. Nous l’avons rencontré.

Le OuiJa, pourquoi faire ?
Il ne vous aura pas échappé que la bataille pour les parts de marché a désormais lieu au niveau du low-cost. Le transport ferré haut-de-gamme est déjà verrouillé par la SNCF avec son offre inOui. Le Ouigo nous permet d’offrir une offre plus abordable, disons de prix moyen. Mais il nous manque toujours une offre à très bas coût, capable de concurrencer le routier, par exemple les cars Macron. C’est ce segment de demande que Ouija entend satisfaire.

Comment comptez-vous y parvenir ?
Nous y avons longtemps réfléchi. Le Ouigo faisait déjà beaucoup pour réduire les coûts, par exemple en reliant les villes de grande banlieue plutôt que les gares intra-muros des grandes villes. Le seul moyen d’économiser davantage, sans mettre en péril la sécurité des usagers, était de choisir la destination à leur place afin de rationaliser l’utilisation du réseau. Quand vous montez dans un Ouija, vous savez que vous allez partir, mais vous ne savez pas où.

Mais qui choisit la destination, si ce n’est pas le passager ?
A l’origine, nous pension utiliser un algorithme, mais les retours des premiers tests ont montré que les clients trouvaient cela trop froid, pas assez humain. Après avoir envisagé différentes hypothèses, sans grand succès, nous avons fini par opter pour la seule solution propre à satisfaire à la fois la quête de sens du consommateur moderne, son envie de contact humain et son goût pour les nouvelles spiritualités. La destination des Ouija est choisie par un médium.

C’est révolutionnaire !
C’est surtout utile, puisque Ouija nous donne aussi l’occasion de revitaliser le réseau ferré secondaire, à l’abandon depuis trop longtemps. Les inOui relient les métropoles, les Ouigo les villes de banlieue, les Ouija quand à eux circulent entre les nombreuses gares fermées par la SNCF au cours des dernières décennies. Vous pouvez par exemple faire un Caunette-sur-Lauquet – Leménil-Mitry. Votre train, entièrement automatisé et stabilisé par un système d’équilibrage semblable à celui des drones, foncera sur des rails rouillés et envahis par l’herbe avant d’arriver à sa gare de destination. Là, dans des locaux poussiéreux et abandonnés, vous trouverez, présent 24 heures sur 24, un médium extralucide assermenté, chargé d’orienter le trafic au départ de sa gare en fonction de ce que lui dicteront les esprits.

Je résume : une offre à bas coût, mais surtout complémentaire aux autres.
Complémentaire et cohérente. Le inOui, avec ses trains équipés de prises pour charger les ultrabooks, rappelle à l’élite son rang tout au long de son Bordeaux-Paris. Le Ouigo, ce train de couleur criarde qui vide ses passagers à côté de Disneyland, signifie aux prolos qu’on ne les tient pas en très haute estime. Enfin, le Ouija fait clairement comprendre aux pauvres qu’ils peuvent aller en Enfer.

Agar