Les No Conceptual Borders : une nouvelle forme de radicalité ?

Enfants terribles de la french theory, situationistes désorientés, radicaux libres… Tout a été écrit sur les no conceptual borders, ces militants d’un nouveau genre, dont la présence de plus en plus importante dans les manifestations inquiète, dit-on, jusqu’au sommet de l’État.

« La gauche radicale était en panne de nouvelles idées depuis la mort de ses figures tutélaires », écrit José-Maria de la Izquerdia, essayiste et spécialiste des mouvements d’extrême gauche*. « Sorti des questions de genre et décoloniales, il manquait un cadre intellectuel susceptible de saisir la société dans son ensemble et, surtout, de se traduire en actes. »

C’est ce qui explique, selon Izquierda, le succès fulgurant des no conceptual borders. Inspirés dans leur organisation des no borders, ce mouvement internationaliste qui prône l’abolition de toutes les frontières et des black blocs, les NCB se greffent sur les manifestions existantes où ils se livrent à une mise en praxis de la pensée tructuraliste : tout est dans tout, les concepts sont absurdes et les mots insensés.

Manifestant no conceptual borders

Manifestant no conceptual borders s’apprêtant à jeter une bicyclette.

Reconnaissables à leur absence totale de signes de reconnaissance, les NCB ont été de tous les défilés récents : manifestations contre le G8, cortèges contre les réformes du droit du travail ou la jungle de Calais… Violents, prêts à tout pour obtenir on ne sait quoi, galvanisés par des slogans immédiatement reconnaissables (« Tuile pas si je peux ! », « À poutre ! Poutre ! Poutre myéline et chien ! »), les no conceptual borders sont devenus en quelques mois les bêtes noires des forces de sécurité.

« Ils sont absolument imprévisibles » se désole le maréchal des logis Roger Charclot, de la compagnie de CRS 36 (Thionville). « Avec les casseurs ou les éléments violents, d’ordinaire, on sait à quoi s’en tenir. Ils vont vandaliser une banque ou un McDonald’s. Les no conceptual borders, eux, peuvent aussi bien s’en prendre à HSBC qu’à un magasin bio, ou bien à d’autres NCB. J’en ai vu qui caillassaient des cailloux. Bon Dieu, j’en ai même vu un qui se caillassait lui-même, il se serait fendu le crâne si on ne lui avait pas arraché le pavé des mains. Ils agressent les collègues avec une violence inouïe et cinq minutes après ils viennent leur prêter main forte pour maîtriser les manifestants ou les aider à remplir leur déclaration d’impôts. C’est épuisant. » Radicalisation de l’absurdité ou absurdité de la radicalisation ? C’est à cette question que devront répondre les chercheurs qui voudront comprendre qui sont vraiment les NCB.

* Dernier ouvrage paru : Chez Castoriadis y’a tout c’qui faut, concepts et matériaux, 1,50€, éditions Utopies Abordables.