Rencontre avec Hubert-Claude F., de l’Inaction Française

« Oh vous savez, ça devait finir par arriver, il était vieux. » Quand on évoque la disparition Henri d’Orléans, comte de Paris mort en janvier dernier, Hubert-Claude ne semble pas particulièrement ému. Le jeune homme souhaitait-il le sacre d’un autre prétendant au trône de France ? « Les disputes entre orléanistes et légitimistes… Tout ça n’a pas beaucoup d’importance. Un roi, déjà, ce serait bien. Même un Bonaparte, je prends. Et sinon, tant pis, on fera sans. La république, après tout, c’est pas si mal. »

Hubert-Claude m’a donné rendez-vous dans un très chic café du 16e arrondissement, à quelque pas des locaux de l’Inaction Française, mouvement de jeunes royalistes dont il est l’un des deux fondateurs. « Il y avait Xavier-Henri aussi, mais je sais pas ce qu’il devenu… Un jour il n’est pas venu, sans prévenir. Aucune nouvelle depuis. Je suppose qu’il en avait assez. Alors maintenant je fais ça tout seul. » Hubert-Claude est un grand et beau jeune homme, au regard mélancolique, aux épaules et à l’intonation tombantes. Il boit son café par petites gorgées en regardant passer les voitures. Aujourd’hui, l’Inaction Française compte une demi-douzaine de membres, qui se retrouvent régulièrement. « Une fois par semaine. En tout cas au moins une fois par mois. C’est compliqué de s’organiser, il y en a qui ont des activités à côté. On a voulu créer un Doodle mais Charles-Valéry n’a pas réussi à s’en servir. »

Durant ces réunions, lorsqu’elles finissent par avoir lieu, les inactifs évoquent la possibilité de la restauration nationale. « De façon très théorique  », précise Hubert-Claude. Je lui demande ce qu’il pense de la république, tente de le provoquer en citant la phrase de Maurras, « la démocratie c’est le mal, la démocratie c’est la mort. » Il grommelle, les yeux mi-clos. Je continue et lui demande s’il espère un jour remettre le roi sur le trône avec cette attitude. Victoire ! Pour la première fois, il sort de son apathie. « Oui oui, Maurras c’est très bien, enfin la démocratie c’est surtout du bruit, et ce goût de l’agitation propre à la bourgeoisie. Quant à notre attitude, je suis désolé, mais c’est la bonne. »

Pour la première fois, Hubert-Claude semble parfaitement éveillé. Ses mains s’agitent nerveusement et renversent la tasse à café vide posée devant lui. La cuillère tombe au sol dans un clinquement métallique. Il s’excuse platement auprès d’un serveur puis reprend. « Vous avez l’air de penser que nous ne sommes qu’une bande de riches désœuvrés, que nos réunions sont une sorte de country club où l’on se prélasse sans rien faire. Désolé, mais c’est faux. Enfin… si, c’est vrai, mais notre oisiveté est un acte politique. » Je ne comprends pas bien. « On ne combat pas le feu par le feu. Si vous adoptez les méthodes de l’adversaire, quelle différence reste-t-il entre lui et vous ? Tous ces soi-disant royalistes qui défilent dans les rues avec torches, drapeaux et slogans ressemblent bien trop à la canaille régicide de sinistre mémoire. Vous évoquez Maurras, je citerai Joseph de Maistre : “Heureux mille fois les hommes qui ne sont appelés à contempler que dans l’histoire les grandes révolutions, les guerres générales, les fièvres de l’opinion, les fureurs des partis, les chocs des empires et les funérailles des nations ! Heureux les hommes qui passent sur la terre dans un de ces moments de repos qui servent d’intervalle aux convulsions d’une nature condamnée et souffrante ! Fuyons, mais où fuir ? Souffrons plutôt, avec une résignation réfléchie.” Croyez-moi, la véritable contre-révolution ne sera pas révolutionnaire. »

Je dois partir, appelé par un autre rendez-vous. Pas rancunier, Hubert-Claude m’offre le café et me raccompagne jusqu’à la porte. Alors que nous échangeons quelques politesses et sommes sur le point de nous séparer, il me sourit et, d’une voix douce, sans lever le poing, déclame la devise de l’Inaction Française : Vivent les rois fainéants !

Agar